Être Furyo permet-il de penser « bien » ? Ou peut-on penser la morale sans l’appeler au secours.
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"A force hypocritement de rejeter la morale comme quelque chose de mal", concevez-vous qu'il s'agit d'une antinomie ? Rejeter la morale en utilisant l'adjectif le plus entachée d'une logique moraliste primitive : "c'est mal", ce n'est pas beaucoup de respect pour ceux qui décrient la morale. Au moins est-ce faire peu cas des réflexions matérialistes de P.Bourdieu, M.Foucault, F.Niezsche, M.Onfray, D.A.F. de Sade…
S’il est question de morale, je ne peux faire l’économie d’une réflexion de l’investissement du politique dans les mesures coercitives sur le corps de l’individu. C’est dans ce champ, et par le truchement des cérémoniaux, du répétitif, des rituels initiatiques et punitifs (que maîtrisent tout autant les Églises que les États) qu’on verra poindre la structuration d’une morale collective, que l’on appelle doxa, ou qu’on taxe de doxique, pour préciser qu’elle est l’intégration, l’acceptation d’un ordre du monde par l’individu. Baptême, communion, mariages, garçon d’honneur, parrainage, confession et messe (une pour chaque acte ou passage, imposant un temps cyclique du renouvellement et d’une éternité sans cesse renouvelée), ou encore actes de naissance, de mariage, pacs, recensement, carte d’identité ou d’électeur, renouvellement tous les 10 ans ou plus fréquemment qu’il n’est nécessaire (pour les élections), cyclicité des élections quand d’autres formes (e.g. celle du mandat révocable) sont envisageables, autant de stratagèmes qui exposent la normalité, autant de stratégies et bien d’autres encore qui participent au phénomène de normation décrit par Michel Foucault et qui éduquent (au sens fermé) l’individu aux attentes comportementales socialement normées.
Citons le : « Analyser l’investissement politique du corps et la micro-physique du pouvoir suppose donc qu’on renonce – en ce qui concerne le pouvoir – à l’opposition violence-idéologie 1, à la métaphore de la propriété 2, au modèle du contrat 3 ou à celui de la conquête ; en ce qui concerne le savoir, qu’on renonce à l’opposition de ce qui est « intéressé » et de ce qui est « désintéressé », au modèle de la connaissance 4 et au primat du sujet 5. »
"Qu'on aime ça ou pas, le droit est toujours issu d'un consensus moral." Voilà alors une phrase aussi intelligente qu'une leçon de morale pour élèves des classes primaires au sortir de la seconde guerre mondiale. Qu’elle flatte le sens commun, qu’elle semble réaliste est suffisant pour qu'on en doute franchement.
On lui opposera simplement : « Le corps ne devient force utile que s’il est à la fois corps productif et corps assujetti. […] On peut sans doute retenir ce thème général que, dans nos sociétés, les systèmes punitifs sont à replacer dans une certaine « économie politique » du corps : même s’ils ne font pas appel à des châtiments violents ou sanglants, même lorsqu’ils utilisent les méthodes « douces » qui enferment ou corrigent, c’est bien toujours du corps qu’il s’agit – du corps et de ses forces, de leur utilité et de leur docilité, de leur répartition et de leur soumission. » Je vous laisse consulter Loïc Wacquant pour une actualisation, Punir les pauvres.
A « par là même, toute décision de droit est morale », on opposera : toute décision punitive est un exercice politique de coercition du corps à des fins productives (production matérielle, culturelle ou administrative), exercice légitimé par des normes doxiques et participant lui-même (comme rituel) à l’élaboration de ces normes (processus de normation) – voir Bourdieu sur ces processus de légitimation.
Toutes citations de M.Foucault, Surveiller et punir
1. champ direct ou symbolique, ndr
2. comme unilatéralité des moyens et de l’exercice du pouvoir sur le corps et les comportements, ndr
3. contrat social de Rousseau, comme choix conscient de règles explicites et raisonnées, ndr
4. selon lequel il faut être hors du pouvoir pour produire un savoir, ce que tous les instituts de recherche et tout histoire des sciences peut contrer, voir Z-éthique, le doute et l’erreur, article du magazine n’autre école n°19, à paraître en juin, ndr
5. au sens platonicien de l’immanence du sujet, de l’idée sur la chose, corrélée aux dualismes âme-corps, bien-mal des Églises, l’immanence étant alors remplacée par la préexistence de l’âme, ndr
20/05/08 - 13:44
Bon, c'est très bien tout ca...tu m'opposes P.Bourdieu, M.Foucault, F.NieTzsche, M.Onfray, D.A.F. de Sade, Loïc Wacquant…tu oublies Deleuze, son compère Guattari, voir Derrida.
J'ai lu tout ces gens là et j'en ai retiré une vision personnelle, oui, j'ai fait un choix de vie.
C'est à dire que je ne vis pas que dans les livres, mais au XXIeme siècle, pas dans les théories mais dans la réalité.
Foucault a totalement raison, son Surveiller et punir est la plus fine analyse que j'ai lu de la société occidentale...et après ?
Crois tu que Sarko l'ai lu ou en aie quelque chose à foutre ?
Crois tu que tes concitoyens qui l'ont élu à une large majorité l'ont lu ?
Foucault a aboyé et malheureusement la caravane est passée...et on peut le dire de presque tout ceux cité au-dessus.
Au moins Deleuze était plus dans le réel et a tenté de proposer des outils théoriques...ca n'est pas pour rien qu'il est le philosophe français le plus lu dans le monde entier...mais sa pensée séminale ne commence qu'à porter ses premiers fruits...il va nous falloir encore quelques décennies avant qu'on arrive à un projet viable et motivant de société tirée de sa pensée.
S'il te plait, ne sors pas mes mots de leur contexte...il 'agit d'un billet de conclusion, synthétisant une réflexion, donc il est évident qu'il utilise des raccourcis.
Par exemple, quand je dis que la dialectique morale=mal, je ne fais pas abstraction de ses oppositions, je condense en ce qui en a été retenu.
Soit dit au passage, dire, comme argument, que Bourdieu, Foucault, Nietzsche et consors sont des matérialiste est un abus de procureur.
Que ca te plaise ou non, dans le monde réel la morale existe et elle est rarement, contrairement à ce que tu crois, basée uniquement sur d'antiques valeurs religieuses...ce raccourci nie l'avancée de notre pensée en 2 siècles.
Comme toute forme de pensée structurée et aboutie il est stupide de la considérer que comme positivement ou négativement, elle est bien en dehors de tout manichéisme, excepté de ceux qui en appellent à elle comme absolu...tiens, c'est comme le droit.
En résumé : on peut critiquer la morale, c'est très sain...mais nier qu'elle existe...
J'ai beau relire la citation de Loïc Wacquant, je ne vois pas comment elle s'oppose à ce que je dis.
Oui, le consensus moral se fait toujours au détriment d'une minorité...On peut le rephraser tant qu'on veut avec des mots plus précis, plus techniques, ca reste la réalité. Tu peux bourdieuiser tant que tu veux, ca ne change pas ce qui est.
C'est bien toutes ces lectures savantes, mais toi, tu penses quoi ?
Peux tu penser sans citer les autres ?
Les as tu réellement digéré ?
Et quand bien même, à quoi ca sert de se réfugier dans des jeux théoriques, des négociations sur des nuances, tant que la réalité, elle, absolue, elle, est ce qu'elle est ?
La tour d'ivoire...tu vois, tu viens de démontrer pourquoi j'ai quitté le milieux universitaire pour me construire indépendamment.
Il faut sortir des théories, se colleter avec le réel, descendre un peu au milieu des gens qui ne pensent pas aussi haut.
Je veux dire, j'apprécie toutes les mannes que tu invoques, mais, t'ai tu demandé pourquoi leur idées ne dirigeaient pas le monde ?
furyo