Suite aux événements, l'équipe exécutive a décidé de supprimer tous les articles qui pourraient nous incriminer dans un quelconque jeu sérieux ou jeu du sérieux. Je suis un jean-foutre, un rigolo, un bouffon, rien de plus.

20/05/2008

20/05/08 - 13:00

Être Furyo permet-il de penser « bien » ? Ou peut-on penser la morale sans l’appeler au secours.

article mère consultable

"A force hypocritement de rejeter la morale comme quelque chose de mal", concevez-vous qu'il s'agit d'une antinomie ? Rejeter la morale en utilisant l'adjectif le plus entachée d'une logique moraliste primitive : "c'est mal", ce n'est pas beaucoup de respect pour ceux qui décrient la morale. Au moins est-ce faire peu cas des réflexions matérialistes de P.Bourdieu, M.Foucault, F.Niezsche, M.Onfray, D.A.F. de Sade…

S’il est question de morale, je ne peux faire l’économie d’une réflexion de l’investissement du politique dans les mesures coercitives sur le corps de l’individu. C’est dans ce champ, et par le truchement des cérémoniaux, du répétitif, des rituels initiatiques et punitifs (que maîtrisent tout autant les Églises que les États) qu’on verra poindre la structuration d’une morale collective, que l’on appelle doxa, ou qu’on taxe de doxique, pour préciser qu’elle est l’intégration, l’acceptation d’un ordre du monde par l’individu. Baptême, communion, mariages, garçon d’honneur, parrainage, confession et messe (une pour chaque acte ou passage, imposant un temps cyclique du renouvellement et d’une éternité sans cesse renouvelée), ou encore actes de naissance, de mariage, pacs, recensement, carte d’identité ou d’électeur, renouvellement tous les 10 ans ou plus fréquemment qu’il n’est nécessaire (pour les élections), cyclicité des élections quand d’autres formes (e.g. celle du mandat révocable) sont envisageables, autant de stratagèmes qui exposent la normalité, autant de stratégies et bien d’autres encore qui participent au phénomène de normation décrit par Michel Foucault et qui éduquent (au sens fermé) l’individu aux attentes comportementales socialement normées.

Citons le : « Analyser l’investissement politique du corps et la micro-physique du pouvoir suppose donc qu’on renonce – en ce qui concerne le pouvoir – à l’opposition violence-idéologie 1, à la métaphore de la propriété 2, au modèle du contrat 3 ou à celui de la conquête ; en ce qui concerne le savoir, qu’on renonce à l’opposition de ce qui est « intéressé » et de ce qui est « désintéressé », au modèle de la connaissance 4 et au primat du sujet 5. »

"Qu'on aime ça ou pas, le droit est toujours issu d'un consensus moral." Voilà alors une phrase aussi intelligente qu'une leçon de morale pour élèves des classes primaires au sortir de la seconde guerre mondiale. Qu’elle flatte le sens commun, qu’elle semble réaliste est suffisant pour qu'on en doute franchement.
On lui opposera simplement : « Le corps ne devient force utile que s’il est à la fois corps productif et corps assujetti. […] On peut sans doute retenir ce thème général que, dans nos sociétés, les systèmes punitifs sont à replacer dans une certaine « économie politique » du corps : même s’ils ne font pas appel à des châtiments violents ou sanglants, même lorsqu’ils utilisent les méthodes « douces » qui enferment ou corrigent, c’est bien toujours du corps qu’il s’agit – du corps et de ses forces, de leur utilité et de leur docilité, de leur répartition et de leur soumission. » Je vous laisse consulter Loïc Wacquant pour une actualisation, Punir les pauvres.
A « par là même, toute décision de droit est morale », on opposera : toute décision punitive est un exercice politique de coercition du corps à des fins productives (production matérielle, culturelle ou administrative), exercice légitimé par des normes doxiques et participant lui-même (comme rituel) à l’élaboration de ces normes (processus de normation) – voir Bourdieu sur ces processus de légitimation.

Toutes citations de M.Foucault, Surveiller et punir

1. champ direct ou symbolique, ndr
2. comme unilatéralité des moyens et de l’exercice du pouvoir sur le corps et les comportements, ndr
3. contrat social de Rousseau, comme choix conscient de règles explicites et raisonnées, ndr
4. selon lequel il faut être hors du pouvoir pour produire un savoir, ce que tous les instituts de recherche et tout histoire des sciences peut contrer, voir Z-éthique, le doute et l’erreur, article du magazine n’autre école n°19, à paraître en juin, ndr
5. au sens platonicien de l’immanence du sujet, de l’idée sur la chose, corrélée aux dualismes âme-corps, bien-mal des Églises, l’immanence étant alors remplacée par la préexistence de l’âme, ndr

commentaires

20/05/08 - 13:44

Bon, c'est très bien tout ca...tu m'opposes P.Bourdieu, M.Foucault, F.NieTzsche, M.Onfray, D.A.F. de Sade, Loïc Wacquant…tu oublies Deleuze, son compère Guattari, voir Derrida.

J'ai lu tout ces gens là et j'en ai retiré une vision personnelle, oui, j'ai fait un choix de vie.
C'est à dire que je ne vis pas que dans les livres, mais au XXIeme siècle, pas dans les théories mais dans la réalité.

Foucault a totalement raison, son Surveiller et punir est la plus fine analyse que j'ai lu de la société occidentale...et après ?
Crois tu que Sarko l'ai lu ou en aie quelque chose à foutre ?
Crois tu que tes concitoyens qui l'ont élu à une large majorité l'ont lu ?
Foucault a aboyé et malheureusement la caravane est passée...et on peut le dire de presque tout ceux cité au-dessus.

Au moins Deleuze était plus dans le réel et a tenté de proposer des outils théoriques...ca n'est pas pour rien qu'il est le philosophe français le plus lu dans le monde entier...mais sa pensée séminale ne commence qu'à porter ses premiers fruits...il va nous falloir encore quelques décennies avant qu'on arrive à un projet viable et motivant de société tirée de sa pensée.

S'il te plait, ne sors pas mes mots de leur contexte...il 'agit d'un billet de conclusion, synthétisant une réflexion, donc il est évident qu'il utilise des raccourcis.
Par exemple, quand je dis que la dialectique morale=mal, je ne fais pas abstraction de ses oppositions, je condense en ce qui en a été retenu.
Soit dit au passage, dire, comme argument, que Bourdieu, Foucault, Nietzsche et consors sont des matérialiste est un abus de procureur.
Que ca te plaise ou non, dans le monde réel la morale existe et elle est rarement, contrairement à ce que tu crois, basée uniquement sur d'antiques valeurs religieuses...ce raccourci nie l'avancée de notre pensée en 2 siècles.
Comme toute forme de pensée structurée et aboutie il est stupide de la considérer que comme positivement ou négativement, elle est bien en dehors de tout manichéisme, excepté de ceux qui en appellent à elle comme absolu...tiens, c'est comme le droit.

En résumé : on peut critiquer la morale, c'est très sain...mais nier qu'elle existe...

J'ai beau relire la citation de Loïc Wacquant, je ne vois pas comment elle s'oppose à ce que je dis.
Oui, le consensus moral se fait toujours au détriment d'une minorité...On peut le rephraser tant qu'on veut avec des mots plus précis, plus techniques, ca reste la réalité. Tu peux bourdieuiser tant que tu veux, ca ne change pas ce qui est.

C'est bien toutes ces lectures savantes, mais toi, tu penses quoi ?
Peux tu penser sans citer les autres ?
Les as tu réellement digéré ?
Et quand bien même, à quoi ca sert de se réfugier dans des jeux théoriques, des négociations sur des nuances, tant que la réalité, elle, absolue, elle, est ce qu'elle est ?
La tour d'ivoire...tu vois, tu viens de démontrer pourquoi j'ai quitté le milieux universitaire pour me construire indépendamment.
Il faut sortir des théories, se colleter avec le réel, descendre un peu au milieu des gens qui ne pensent pas aussi haut.

Je veux dire, j'apprécie toutes les mannes que tu invoques, mais, t'ai tu demandé pourquoi leur idées ne dirigeaient pas le monde ?

20/05/08 - 14:16

«C'est à dire que je ne vis pas que dans les livres, mais au XXIeme siècle, pas dans les théories mais dans la réalité.»

Il est donc catholique pratiquant...

20/05/08 - 14:24

non non et non (d'abord ! na !)
Je n'ai jamais dit que la morale n'existait pas, j'ai écrit qu'elle n'était que la résultante d'un exercice politique de coercition du corps à des fins productives c'est à dire d'un processus de normation - ce qui est suffisant et redoutable.

Le réalisme n'est pas une pensée, c'est un triste réflexe. Aucune pensée n'existe spontanément, sortie de nulle part, sans héritage. Et il est donc sain et honnête que je cite ceux qui sont mes références.
Continuons donc avec Bachelard : "Entendez argumenter un réaliste : il a immédiatement barre sur son adversaire, parce qu’il a, croit-il, le réel pour lui, parce qu’il possède la richesse du réel tandis que son adversaire, fils prodigue de l’esprit, court après de vains songes. Dans sa forme naïve, dans sa forme affective, la certitude du réaliste procède d’une joie d’avare. Pour bien préciser notre thèse, disons donc sur un ton polémique : Du point de vue psychanalytique et dans les excès de naïveté, tous les réalistes sont des avares. Réciproquement, et cette fois sans réserve, tous les avares sont réalistes."

Je suis secrétaire d'un syndicat de la région parisienne, je suis donc souvent présent dans des réunions avec, par exemple mardi dernier, le directeur de cabinet de martin hirsch, mais surtout en Assemblée Générale décisionnelle.
Se confronter à la réalité est une chose, l'opposer à l'idée en est une autre. C'est alors nier la matérialité de l'individu et nier que sa pensée est matière. C'est se réfugier dans le dualisme âme-corps qui ne s'appuie sur aucune expérience concrète (je pense à l'empirisme). C'est une réalité chimérique qui énonce que la matière enferme une richesse : l'âme. C'est jouir d'une joie d'avare, selon les termes de Bachelard.

Les pensées qui sont les références que je cite n'ont jamais eu pour objectif de "diriger le monde". Elles sont mises à disposition de ceux qui le souhaitent pour dépasser les dogmes et la reproduction des modes de pouvoir, qui sont actuels par la pérennisation des positions stratégiques des classes dirigeantes (ce qui n'est pas aussi court que "basée uniquement sur d'antiques valeurs religieuses"). C'est au syndicalisme et aux universités populaires, pas aux universités d'Etats, de les rendre accessibles. Et c'est aussi pourquoi ne pas être syndiqué est se condamner à la soumission.

20/05/08 - 15:40

Tout cela est diablement (!) intéressant, et honore GA et son JDI.

20/05/08 - 16:12

Mettre Michel Onfray sur un pied d’égalité avec Nietzsche, Sade et Foucault sous prétexte que tous sont matérialistes et récusent radicalement toute morale, c’est quand même un peu comme mettre un signe d’équivalence entre Richard Clayderman et Beethoven sous prétexte qu’ils ont tous les deux composé pour le piano, non ?

20/05/08 - 16:59

j'aurai été amené à le penser il y a quelques années (2002).
l'oeuvre n'est pas aussi conséquente et se situe sur un plan pédagogique qui me semble très intéressant aujourd'hui.
ne présageons pas de ce qu'il fera. aujourd'hui il est un bon medium de la transmission de la pensée matérialiste.
supposer un pied d'égalité, c'est supposer une échelle de valeur ; il n'y en a pas.

20/05/08 - 17:35

Merci beaucoup pour ce débat-là, c'est précieux. SI jepuis me permettre de rebondir sur ton avant-dernier :

"que la résultante d'un exercice politique de coercition du corps à des fins productives c'est à dire d'un processus de normation - ce qui est suffisant et redoutable."

C'est une définition, qui restreint - mais détermine tout autant - ce qu'il en va du contrôle de nos affects et de nos au sein d'un groupe. C'est une lecture négative ("coercition"). Ce n'est sans doute pas la seule façon de lire la façon de lire ce type de contrôle. D'une part parce que "coercition" peut être remplacé, en tout ou partie, par "construction". D'autre part parce que je doute que e seul objectif soir de "production", mais aussi de contrôle des ressources - soit directes : nourriture, sexe ; soit indirecte : monnaie, statut, symboles - ce qui est l'un des enjeux de la politique. Enfin parce que c'est supposer que seul le groupe engendre de la morale, et non un individu donné - dit autrement : qu'aucune valorisation en "bien/mal" ne pourrait être possible en dehors de celles que le groupe implique - je ne veux pas dire par là que l'individu peut être source de valeurs morales en dehors d'un groupe, cela n'a pas de sens, mais que les valeurs morales me smblent toujours l'objet d'une négociation complexe entre le local/individu(s) et le gobal/groupe(s), négociation sans doute déséquilibrée, mais négociation tout de même - le marxisme et le structuralisme s'opposent bien sûr à une telle vision des choses ; faut-il rappeler que ce ne sont pas exactement des matérialismes, mais tout deux, de façon différente, des idéalismes de la matérialité ?

Ta défense du matérialisme en ce sens me semble idéaliste, tout comme l'est l'empirisme dès qu'il énonce des vérités générales sans en préciser de façon minutieuse les conditions de leur réalisation - être matérialiste exige des putains d'efforts de langage, essentiellement parce que ce n'est pas une posture spontané de notre psychisme.

Mais cela est un détail. pour moi, le point d'achoppement essentiel, ce me semble, est dans ta conclusion dialectique : "c'est aussi pourquoi ne pas être syndiqué est se condamner à la soumission".

Le problème, je trouve est bien que la syndication implique encore une forme de soumission. Peut-être moins terrible ou pernicieuse que d'autres formes de soumission. Mais soumission tout de même - à un groupe, ses valeurs, ses règles, etc. Comme je le disais, tout est question de négociation - ce si l'on souhaite être cohérent avec un monde dans lequel il n'est pas de valeur transcendante, un monde soumis à des valeurs authentiquement matérialistes. Sans quoi on ne fait que "dépasser les dogmes et la reproduction des modes de pouvoir" en cours, pour mieux en reproduire de nouveaux : on dépasse un contenu, on conserve la forme.

Somme toute, la question n'est-elle pas : quel est votre objectif ? Si ce n'est pas diriger le monde, qu'est-ce ? Produire des systèmes critiques qui permettent de s'en sortir toujours des systèmes de coercitions inévitables ? C'est sans doute nécessaire pour notre modernité - il y a des groupes humains qui n'en ont semble-t-il pas besoin, voir "La société contre l'Etat" de Clastres.

Le point ici serait donc de réinterroger la notion de "consensus moral" avancé par Furyo - et je crois que ça doit l'être, parce que ce n'est pas une notion simple. ET l'idéal serait de le faire non pas en onvoquant Saint-Foucault comme un évangile à la rescousse, mais en mettant en perspective - et non pas opposant - ce que la notion de consensus peut possiblement (et possiblement pas) avoir de fallacieux eut égard à un libre consentement à - et ce que ce "libre" "consentement" peut bien vouloir dire et à quelles conditions il peut s'exercer de façon fiable.

21/05/08 - 21:18

(amusant)

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